Mon acrobate

Cécile Pivot

Calmann Levy

« Zoé nichait à l’intérieur de moi, dans le moindre repli de ma peau, dans mon ventre, entre mes bras, derrière mes paupières, dans l’air que je respirais. Elle ne laissait pas de répit. « 

Renversée par un chauffard quelques mois auparavant


« Zoé, l’acrobate phylosophe experte en labyrinthe » est morte.

C’est un cri animal qui te prend , un cataclysme qui t’achève. Un moment impensable qui n’est pas dans l’ordre des choses.

Une fracture, une blessure ouverte à vie, ouverte …à mort.

Pour Izia c’est la fin du monde, une vie blessée, une vie fracassée, son acrobate envolé.
S’enfermer dans son chagrin est la seule option sans Zoé à quoi bon continuer?
Étienne, son mari, n’existe plus pour elle, son couple s’est effondré elle ne peut plus le voir, elle ne peut plus l’aimer, il doit partir…

J’aime ce roman choral ou chacun décrit sa douleur, sa détresse, son manque, une partie d’eux en moins.

Étienne aussi a la douleur au fond des tripes qui le tenaille, lui aussi a mal, lui aussi aimerait revenir en arrière. Mais pour Zoé il se doit de prendre soin d’Izia.
Alors il lui écrit, lui envoie des photos, ne coupe pas le lien qui les unissait.

Izia veut oublier, s’oublier, se laisser partir, mourir de chagrin.

Mais la vie s’accroche et reprend son cours, même le cœur abîmé ne s’éteint pas. Izia n’en est pas pour autant guéri, qui le serait?

Alors pour l’après Zoé elle ouvre une petite entreprise et embauche Samuel.
Leur boulot ? Proposer leurs services à des gens souhaitant débarrasser le domicile d’un proche disparu.

J’ai aimé la pudeur mais aussi les cris du cœur.
Comment ne pas être dévastée, comment ne pas avoir le cœur brisé, la tête fracassée jusqu’à la folie, jusqu’à l’oubli.
J’ai adoré les personnages, mon cœur a saigné pour Izia, Étienne, Samuel.
Des personnages touchants, émouvants, chacun avec leurs fractures, blessures.
Izia femme perdue, anéantie qui écoute Sam ouvrir son cœur, Sam au « franc parler, déconcertant, aux fragilités touchantes »
On a envie de prendre dans les bras et lui dire que demain tout ira bien. Lui donner la confiance, l’assurance qu’il n’a plus.

La mort d’un enfant est une déflagration , un Trou dans le coeur dont on ne se remet jamais. La culpabilité assaille, le seul remède s »assomait « d’exomils, d’atarax, de xanax ».


« Tricoter et détricoter le passé avec des si »…


J’ai sombré, pleuré avec Izia, humant les odeurs des vêtements, peluches de Zoé,
Son acrobate.
Mais peu à peu tout s’effrite, « l’odeur s’échappe, les souvenirs deviennent flou ».
Jusqu’à prendre de plein fouet le manque, « la crudité et sa vastitude ».

Les entrailles ouvertes, au bord du précipice, fracturée par l’absence, j’ai mal au cœur, j’ai mal à l’âme, je ne peux m’imaginer la douleur mais je la devine. Continuer de vivre est un sentiment vif et dement dévastateur.
L’absence qui tue l’avenir, un après différent, le coeur meurtri, accepter la résilience.
Les genoux à terre,j’ai ressenti la puissance du chagrin, j’ai été bouleversée par le deuil.
Cécile Pivot a une plume toute en délicatesse sans fioriture et qui te sonne avec ses mots simples et justes.
Une belle découverte pour moi. Un sujet difficile à traiter que l’auteure a parfaitement maitrisé sans pathos sans voyeurisme.

Et je ne peux fermer ce post sans penser à Elle. Elle qui ne sait jamais remise, Elle qui a perdu un garçon, une fille. Tu ne le sais pas mais je t’aime.

Parfois la solitude dans la chambre de Zoé était vivante et inquiétante. Une rechute de l’âme…

« La mort et l’oubli s’installaient peu à peu dans la chambre de Zoé et je n’y pouvais rien. Ils salissaient tout, n’avaient aucune pitié, il ne me laisseraient pas faire. Ils finiraient par transformer sa chambre en mausolée. « 

Merci à Doriane et Calmann-Lévy pour cette lecture vibrante d’émotions

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Un livre sans conteste poignant, mais que je ne pourrais me résoudre à ouvrir. J’ai bien trop peur de me projeter et de ressentir trop intensément la douleur. Rien qu’en lisant ta magnifique chronique, j’ai les yeux embués, alors le livre…

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends c’est toujours difficile d’être confrontée à la mort d’un enfant

      Aimé par 1 personne

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